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La marine française s’empare de Tombouctou

Publié le par Jean-Michel L.

Voilà un fait authentique mais mal connu. Le 12 décembre 1893, de sa propre initiative, le lieutenant de vaisseau Gaston Boiteux s’empare de Tombouctou, à la tête d’une quinzaine de laptots (matelots africains), sans un coup de feu. Son grand courage est mêlé d'une réelle inconscience. La ville, fortifiée, est alors sous la tutelle de Touaregs depuis une trentaine d’années ; la population locale très métissée à l’image de son histoire (domination songhaï, peul, marocaine, touareg), ne supporte pas leurs exactions ce qui l’entraîne à prendre partie pour Boiteux. Ce jeune officier français est né à Meures en Champagne en 1863 ; il se suicidera à Grenoble en 1897 en pleine dépression liée à une maladie. Il est arrivé à Kabara, le port de Tombouctou, grâce aux deux petites canonnières qui constituent la flotte de guerre française sur le Niger. Il envoie un message de victoire à son autorité navale. Pour le prix de cette conquête, l’enseigne de vaisseau Léon Aube (1866-1893), fils de l'amiral et ministre de la Marine, a été tué avec ses 19 hommes, dont le second-maître Le Dantec, par les guerriers touaregs à Our-Maïra alors qu’il était censé garder les canonnières. Désobéissant aux ordres du gouverneur civil du Soudan (c’était alors le nom du Mali), le lieutenant-colonel Bonnier qui est parti de Ségou vient à son secours avec une rapidité incroyable en espérant que l’infanterie de marine puisse s’approprier la gloire de la prise de la ville mais il est trop tard. La nouvelle du succès de Boiteux est déjà connue à Paris. Cependant on peut dire que Bonnier a sauvé Boiteux qui n'aurait pu tenir longtemps seul. En janvier, la colonne Bonnier va malheureusement être presqu'intégralement massacrée par les Touaregs devant Goundam.

Cet tragique épisode laisse un goût amer dans le paysage colonial de cette époque : le mythe de Tombouctou entretenu par René Caillé est responsable de ce qui apparaît comme un invraisemblable mic-mac que la presque totalité des manuels d’histoire préfère ignorer. Il suffit de faire un petit tour sur le web pour s'aperçevoir que la propagande qui a fait de Joffre le vainqueur de Tombouctou a la vie dure ! 

A lire :

Grevoz, D., 1993.- Les canonnières de Tombouctou: Les Français à la conquête de la cité mythique 1870-1894. L’Harmattan, 193 pages

Grevoz, D., 2006.- Tombouctou 1894. L’Harmattan, 213 pages

Tombouctou 1893

 

Tombouctou JML 20

MALI Tombouctou 2006GEImage satellitale GE de 2006 : le vieille ville de Tombouctou

MALI Kabara 2007Image satellitale GE de 2007 : Kabara

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Kidal et l'Adrar des Iforas (Mali), massif-refuge

Publié le par Jean-Michel L.

18°26'N, 01°24'E (Kidal)

Au Nord-Est du Mali s'étend l'Adrar des Iforas ou des Ifoghas : la toponymie ajoute un s à ce nom clanique touareg là où la grammaire interdit le s au pluriel. Et il ne faut pas faire comme les journalistes : prononcer ifogasse !

Ce massif saharien est un morceau de socle précambrien arasé ce qui donne localement de beaux reliefs appalachiens. Contrairement à des idées reçues, la vie y est plus facile que dans d'autres régions sahariennes. Il y fait un peu moins chaud et il y a un peu plus d'eau même si la rareté de celle-ci constitue une forte contrainte. Il faut prendre conscience d'un fréquent lieu-commun : la monotonie des plateaux rocheux sahariens. On verra plus bas sur les images satellitales qu'il n'en est rien. Cela a attiré au cours des âges l'attention de ceux qui vivaient en contrebas. Quel terrain rêvé pour une guerilla....

Les reliefs, peu prononcés (mieux vaudrait parler de plateau que de montagne: le mont Esai culmine à seulement 980 mètres), arrivent à accrocher quelques nuages, ce qui permet à la vie, y compris celle de pasteurs et de leurs troupeaux, de se maintenir le long d'une multitude de cours d'eau intermittents. En attestent une multitude de pistes qui strient l'espace, bien visibles sur l'imagerie satellitale.

Au cours de périodes humides du passé, l'activité humaine a été plus intense qu'aujourd'hui comme le prouvent de nombreux sites archéologiques. Au premier millénaire avant JC, comme les archéologues le constatent, l'Adrar ses Ifoghas était en effet habité à la fois par des populations hamitiques et par des Paléo-berbères. On ne sait rien de leurs relations mais il existait déjà plusieurs modes de vie opposant sédentaires et nomades. La végétation était bien plus dense qu'aujourd'hui et la faune proche de celle des actuelles savanes africaines.

 

On trouvera une bonne description de la région sur Wikimazigh.

 

MALI Kidal 2006 200 GE1

Kidal, la capitale régionale, en pleine croissance, traversée par un oued. Le fort qui domine la ville date de 1917, neuf ans après l'établissement d'un poste militaire français qui marque la création de la ville. La capitale traditionnelle Tademekkat date, elle, du VIIe siècle (image Google earth  2006, L = 800 m).

 

MALI Kidal 2012

Kidal  : paysage urbain (Google earth, 2012)

Mali 02

 

MALI Adrar GE2006 1

19°51'N, 01°13'E Habitat d'éleveurs sédentaires près d'un oued de l'Adrar des Ifoghas (imagerie GE 2006). On peut penser que le site est ancien vu les linéaments (autres que les haies)  qui aparaissent. 

 

MALI Kidal 2006 200 GE5

Enchevêtrement de linéaments, cassures tectoniques, oueds et pistes (Image Google Earth, L = 800 m)

 

MALI Kidal 2006 200 GE7

Structures circulaires soulignées par la végétation ligneuse (Image Google Earth, L = 800 m)

 

MALI Kidal 2006 200 GE6

Semis de rochers émergeant du sable (Image Google Earth, L = 800 m)

 

MALI Kidal 2006 1000 GE2

Cluses (Image Google Earth, L = 4 km)

 

MALI Kidal 2006 200 GE4

Formes et tracés (Image Google Earth, L = 800 m)

 

MALI Kidal 2006 7500 GE

Structure circulaire de l'Ijounyan, origine à déterminer (Image Google earth, L = 30 km)

 

Publié le 22/09/2010, complété le 29/01/2013

 

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Un aller simple pour Goundam, Mali

Publié le par Jean-Michel L.

Le 15 janvier 1894, à Goundam, petite ville de pisé du Col-de-Cygne malien (18 000 habitants),  l'armée française a connu un de ses pires revers lors de ses opérations de conquête de l'ancien Soudan français. On parle parfois à ce sujet de "bataille de Tacoubao" ou de "bataille de Taqinbawt", nom d'un lieu-dit situé à 12 km au NE de Goundam (une autre version voudrait que l'évènement ait eu lieu près de Ras-el-Mâ). On emploie plus souvent le terme de "massacre de Goundam". Les versions varient considérablement. On peut cependant affirmer qu'alors qu'ils dormaient le lieutenant-colonel Eugène Bonnier, de nombreux officiers français et une centaine de soldats africains qu'il commandait, furent massacrés par des guerriers touaregs Tenguérif (ou Tinguéréguif) et Kel Antassaret, rendus furieux par la prise de Tombouctou et la confiscation de troupeaux. Plus sordidement il y aurait eu aussi des enlèvements de femmes et de la revente d'esclaves ! L'histoire raconte que Bonnier, en conflit avec le gouverneur du Soudan, avait agi de son propre chef et qu'il s'était heurté à certains de ses officiers qui l'avaient devancé dans la prise de Tombouctou (autre médiocre conflit avec l'officier de marine Boiteux). Le colonel (futur maréchal) Joffre se vengera en se rendant responsable d'un massacre assez similaire à celui de Goundam au cours duquel l'amenoukal des Tinguéréguif sera tué.

A lire :

Jacques Hureiki, 2003.-  La version touarègue de la bataille de Taqinbawt (Tacoubao). Journal des africanistes,  73-1   : 127-136.

Goundam in : Wikepedia in english.

Goundam JML1

Les lacs sont en fait des dépressions inondables lors des périodes humides

MALI Goundam-GE2011 200Goundam (image GE), une ville fondée il y a plusieurs siècles qui reçoit de nombreux réfugiés depuis l'indépendance du Mali

Mali 1970 Goundam JML 16

Goundam, une magnifique cité sahélienne où dromadaires et ânes convergent les jours de marché

Mali 1970 Goundam JML 14REn descendant vers le Tassakan qui relie le lac Télé au Niger

Mali 1970 Goundam JML 23RGoundam est  une ville de brassage ethnique : Songhaï, Peuls, Touaregs, Bella (ici), Maures

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Sur le fleuve Niger, à Diré (Mali)

Publié le par Jean-Michel L.

16°15'N, 03°24'W

Diré est une ville d'environ 25 000 habitants (7 000 en 1970) chef-lieu du plus petit cercle du Mali (1 750 km2). Au bord du Niger, en amont de Tombouctou (80 km) et de Gao, le village originel doit son essor, pendant la colonisation française,  à une société cotonnière la CICONIC, à l'origine de Hirsch-ville à partir de 1920. Ce fut un échec.

La diversité ethnique de Diré se manifeste à travers ses quartiers : Diré-Dioula est le quartier des commercants dioula, Diré-Barikobé le quartier songhai, Diré-Alkayambé le quartier peul, Diré-Médina Koura le quartier sorko. Les Touareg et leurs anciens esclaves les Bella sont également présents dans le tissu urbain, de même que les Maures. La fonction commerciale de Diré est très affirmée. On a accès en pirogue à toute une partie du Gourma autour de Sarayémou.

 

Mali 04 

Croquis de situation

 

MALI Dire JML 70 11

 La place du marché de Diré

 

Mali 1970 Dire JML 28R

Mali 1970 Dire JML 27R

Sur les rives du fleuve

 

MALI Dire 2007 GE500

Image satellitale via Google earth

 

MALI Dire JML 70 13-copie-1

L'habitat de Diré

 

Première édition : 30/07/2012

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