Népal, au pays des paysages poubelles
Cela a mal commencé avec les grandes expéditions sur les sommets himalayens, il y a plusieurs décennies de ça. De célèbres alpinistes ont laissé tous leurs déchets sur des montagnes considérées comme sacrées par les populations locales. En dépit d’actions de nettoyage et de réglementations draconiennes, ce type d’activité touristique s’intensifiant, cela ne s’est pas arrêté : on ne peut mettre un gendarme derrière chaque alpiniste. Plus bas dans la moyenne montagne et les plaines, la civilisation industrielle a récemment pénétré les petits bourgs et villages qui vivaient en autarcie (il en reste encore d’ailleurs). Elle y a apporté les déchets plastiques, les canettes métalliques et les papiers lustrés. Il y a au Népal une égalité dans la manière de traiter les déchets : riches et pauvres, enfants (pourtant sensibilisés) et adultes, les jettent presque de manière systématique à leur pied ou sur le bas-côté du chemin. Cela va sans dire que le problème paysagique généré est moins grave que celui des conditions d’hygiène. Ce phénomène n’est pas un fait exceptionnel ni chez nous (dans nos villes et sur nos aires de repos), ni dans le Tiers-Monde : il y a parfois corrélation entre pauvreté et malpropreté, entre déficit d’éducation et saleté. Mais rien n’est systématique en cette matière : il existe en Chine comme en Inde des milliers de villages aussi soignés que pauvres ; inversement en Nouvelle-Calédonie, archipel à haut niveau de vie, on observe des comportements désolants à commencer par ceux des occupants de gros 4X4 rutilants. Au Népal, ce qui choque c’est la banalisation du phénomène. Seuls lui échappent quelques rares sites touristiques payants, plus ou moins bien nettoyés et les camps militaires, l’armée népalaise faisant de réels efforts dans le sens de la propreté. Significatif : parmi les lieux les plus poubellisés il y a les abords des écoles et les innombrables sites fréquentés par des groupes scolaires. Et se ne sont pourtant pas les « keep clean » qui manquent. Il est tout de même à craindre que tout cela ne se répercute rapidement sur un tourisme qui reprenait du poil de la bête depuis la fin de la rébellion maoïste en 2006. Se rendant a priori au Népal pour découvrir des « paysages de rêve » et des montagnes immaculées, les voyageurs vont être de moins en moins enclins à patauger dans des ordures… surtout qu’ils sont également condamnés à respirer à longueur de journée de pénétrants gaz d’échappement. Autant de revenus qui permettraient de lutter contre la pauvreté et qui vont se diriger vers d’autres pays.
PS Dans le quartier de Bodhnath investi depuis plusieurs décennies par les réfugiés tibétains, les rues sont nettement plus propres qu'ailleurs. Vu la passion avec laquelle les moines astiquent les monastères, l'aspect culturel de la propreté semble primordial.
La plus belle vue sur l'Himalaya (sic). Pas de chance, il y avait du brouillard.
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