Kalima, ville minière du Maniema (RDC)
Kalima sonne comme Kolyma. Ce n'est pourtant pas de la taïga sibérienne que nous allons vous parler mais des forêts pluviales tropicales d'Afrique centrale. Kalima est une petite ville minière du territoire de Pangi au Maniema à la limite du Sud-Kivu, provinces créées en 1988 et situées dans la partie forestière orientale de la RDC (ex-Zaïre). On associe Kalima à Kingombé dans une agglomération Kalima-Kingombé dépassant aujourd'hui les 100 000 habitants. Une mauvaise route en partie goudronnée la joint à Kindu, la capitale du Maniema, sur les rives du fleuve Congo. Kalima est une « création » minière belge en pays Lega datant des années 1930. Les Lega ou Warega sont un peuple connu pour la qualité de ses arts traditionnelles : masques et statuettes lega sont bien cotés sur le marché de l'art. Des représentants de divers autres groupes ethniques essaient bien entendu de vivre en harmonie à Kalima, notamment des Batokachini ("venus de l'aval") et des Batoka Kasongo ("venus de Kasongo") [Tshonda, 2011].
Toute la région est riche en cassitérite, un minerai d'étain, en wolfram, en or et en coltan, ce qui explique le vif intérêt international qui s'attache à Kalima. Ce centre était le siège de la Symétain dénommé Kremlin : s'y trouvaient des cités ouvrières (quartier Munyangi) et une grande usine de concentration du minerai. Dans toute la région se répartissaient des chantiers d'extraction et des camps d'exploitation temporaires. Parmi les nombreux opérateurs présents dans la région, la Symétain, la Cobelmines et la MGL se réunirent pour créer la Société Minière et Industrielle du Kivu (Sominki) dans les années 70. La Société Aurifère et Industrielle du Kivu et du Maniema (Sakima), filière de la Banro, une compagnie canadienne centrée sur la production aurifère, a pris la suite de la Sominki en 1996. La prise de contrôle du Maniéma par le RCD et ses alliés rwandais a provoqué une modification de l'acheminement du minerai vers l'extérieur. La cassitérite était autrefois envoyée par la route à Kindu, puis par le train à Kalemié, de là à Kigoma sur le lac Tanganyika et de la rive orientale du lac par voie ferrée jusqu'à Dar-es-Salaam sur l'océan Indien. Désormais le minerai semble partir majoritairement par avion vers Bukavu ou Goma où se trouvent les comptoirs d'achat et de là clandestinement vers le Rwanda, à l'usine de Gisenyi. La RDC est ainsi privée des taxes à l'exportation. On est passé de l'extraction par des sociétés minières aux gros moyens financiers à une extraction artisanale. Facilité par la faible dangerosité des exploitations, le nouveau modèle perdure en dépit des changements politiques. Ses partisans mettent en avant la meilleure répartition des revenus pour la population locale (Mthembu-Salter, 2009).
Références
Lebigre, J.-M., 1980. Aspects humains et économiques du Kivu occidental (Zaïre), Les Cahiers d'Outre-Mer, 132 : 363-374.
Mthembu-Salter, Gregory, 2009. La dynamique sociale et économique de l'industrie minière à Kalima, RDC. Institut d'Etudes de Sécurité, Pretoria, 20 p.
Tshonda, J.O., 2011. Maniema, espace et vie. Tervuren, MRAC, 300 p.



