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Articles avec #amerique latine tag

Du « Monde Perdu » à « Là-Haut » : les « tepuys » de la Gran Sabana (Venezuela)

Publié le par Paesaggio

Au fond, tout au fond du Venezuela, au bord de la frontière avec le Brésil et le Guyana se trouve une région peu connue, mais qui a une place particulière dans nos mythologies modernes, un lieu unique au monde : les tepuys (dont le nom signifie « montagne » dans la langue des Indiens Pemon), qui se dressent au-dessus des immensités vides d’hommes de la Gran Sabana. Intégrés depuis 1975 dans l’un des plus grands parcs nationaux du monde, ces hauts reliefs tabulaires aux escarpements très élevés constituent parmi les plus vieilles formations géologiques du monde : les quartzites et le grès rose qui les composent ont vu le jour il y a plus de deux milliards d’années ! Pendant toute cette durée, la dissolution karstique et les cours d’eau ont incisé les vallées, et dégagé ces plateaux, sorte d’îles qui s’élèvent aujourd’hui quelques mille mètres au-dessus de la plaine : du sommet du tepuy Canaima, s’élance la cascade la plus haute du monde, le Salto Angel, qui n’atteint le sol qu’après 879 mètres de chute vertigineuse !

Du « Monde Perdu »  à « Là-Haut » : les « tepuys » de la Gran Sabana (Venezuela)
Du « Monde Perdu »  à « Là-Haut » : les « tepuys » de la Gran Sabana (Venezuela)
Du « Monde Perdu »  à « Là-Haut » : les « tepuys » de la Gran Sabana (Venezuela)

Du fait de leur relief extrêmement escarpé, ces sommets plats ont toujours été largement coupés du monde. Cet isolement a alimenté de nombreux fantasmes : le roman Le Monde Perdu, d’Arthur Conan Doyle, écrit en 1912, imagine ainsi une équipe de scientifiques affronter des dinosaures qui auraient survécu au sommet de ces plateaux, isolés du monde. En 1933, l’aviateur Jimmy Angel fait un atterrissage forcé sur le sommet du tepuy Canaima, et, après un retour homérique à la civilisation, raconte y avoir trouvé des rivières d’or, alimentant l’un des mythes les plus tenaces d’Amérique latine : l’Eldorado. Plus récemment, dans le film d’animation Là-Haut, des studios Pixar, le vieux héros atterrit au sommet d’un de ces plateaux, décrit comme un monde à part, à la géologie délirante et aux animaux inconnus.

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Toutes proportions gardées, ces fables ont cependant une part de vérité : les tepuys restent des lieux uniques au monde, et l’on s’en rend bien compte quand on a la chance de parvenir au sommet de l’un d’eux. Sur les 40 tepuys du parc national de Canaima, seuls 3 ont été gravis par l’Homme, les autres restant totalement vierge de toute empreinte humaine, ce qui n’est pas sans alimenter le mythe du dernier espace blanc sur la carte. Le seul sommet dont l’accès est autorisé aux (rares !) touristes est le tepuy Roraima. Après trois jours d’ascension physique, traversant la savane, puis escaladant la jungle sur les flancs abrupts de ce plateau, on parvient au sommet… c’est-à-dire sur la lune ! A 2200 mètres d’altitude, un paysage unique et désolé s’offre en effet à l’observateur sur plus de 31 km² : une immense dalle de grès rose noircie par les éléments, ponctuée de ruisseaux qui coulent sur du sable rose tendre et d’énormes cristaux de quartz, de vastes dépressions marécageuses et brumeuses où des plantes carnivores prolifèrent, de grottes et de chicots rocheux sculptés par des millions d’années de vent, de pluie et de ruissellement, formant des paysages surréalistes.

Malgré son âge et son aspect minéral, ce lieu est d’une très grande fragilité : le grès est si résistant qu’il ne se décompose presque pas en sable, en terre : la végétation, presque unique au monde du fait de l’isolement biogéographique (77% des 800 espèces végétales recensées sur le tepuy sont endémiques !) pousse donc sur une mince litière, trop acide pour la plupart des autres espèces, et dans des conditions climatiques très rudes. Pendant des années, des compagnies occidentales ont également exploité massivement le quartz trouvé au sommet. Aujourd’hui, les règles sont très strictes, et les randonneurs ont désormais l’interdiction formelle de jeter le moindre détritus, et de ramasser le moindre végétal, le moindre caillou : à la redescente du tepuy, les gardes du parc national procèdent à une fouille très approfondie des bagages… Difficile de ramener un souvenir de la lune !

Martin Michalon

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