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Sur les quais, Bordeaux

Publié le par Paesaggio

... sans Marlon Brando (Sur les quais, Elia Kazan, 1954) bien sûr.

Sur les quais, Bordeaux
Sur les quais, Bordeaux

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La Mer Noire, paysage géopolitique incertain

Publié le par Paesaggio

Ces derniers siècles, les rives de la Mer Noire (actuellement six Etats riverains plus la Moldavie) ont été marquées par de terribles accès de violence. Les derniers évènements obscurcissent l’avenir de cette partie du monde longtemps dominée par la Turquie ottomane :

1 – En 2008, l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie se détachent de la Géorgie avec l’aide militaire de la Russie. La Géorgie reste sous la menace d’une intervention de la Russie qui ne cache pas qu'elle aimerait y voir établi un régime ami, voire vassal.

2 – Les liens historiques de la Crimée avec la Russie sont évidents. Mais annexer une région aux dépens d’un Etat souverain comme l’Ukraine, sans passer par l'ONU, ne peut se justifier. L’Europe de l’Ouest a rejoué la partition de Munich, notamment le Royaume-Uni, en tête des pays garants de l'intégrité ukrainienne, pour qui la prospérité de la bourse londonienne vaut toutes les compromissions.

3 – Le démembrement de l’Ukraine a commencé à l’initiative de la Russie du Président Poutine. Après la Crimée, le Donbass ukrainien en pleine crise industrielle semble voué à faire sécession, voire à rejoindre la Russie. Avec l'aide militaire avérée de cette dernière, toutes les régions à minorité russophone sont menacées. Au rythme où vont les choses, il n'est même pas sûr que le noyau dur d’une Ukraine ukrainophone et pro-européenne subsiste.

4 – La montée de l’islamisme radical en Turquie, pays actuellement en pleine croissance économique, tend à éloigner ce pays de l’UE. Elle constitue surtout une menace de guerre civile. L'audience de la Russie, grand rival régional qui vient de bafouer les droits des Tatars en Crimée, y est médiocre.

5 – Avenir incertain pour la MoravieGagaouzie et Transnistrie ont fait sécession. Cet Etat qui a succédé à l’ancienne Bessarabie (davantage qu'au royaume morave) est sous la menace de la Russie. L’accès à la Transnistrie pourrait constituer un prétexte pour une invasion par la Russie d’un couloir allant d’Odessa à ces territoires.

6 – Que gagne la Russie ? Ce pays s’est réfugié dans un nationalisme intransigeant qui galvanise le quidam. Si ce nationalisme triomphe actuellement, l’avenir est moins clair. Remettre en question des frontières garanties par le droit international

1) a alarmé de nombreux pays qui souhaitaient de bonnes relations avec ce puissant voisin et qui se sentent désormais menacés ou du moins légitimés dans leurs anciennes préventions ;

2) présente de gros risques, à commencer par celui de donner de bons arguments à tous ceux qui seraient tentés de remettre en question les frontières sibériennes de la Russie. La fuite en avant d’un régime dont les fondements économiques constituent un point faible paraît malheureusement probable, ouvrant des perspectives de déplacement des futurs conflits bien au delà de l'Oural.

A lire sur http://www.diploweb.com/ :

Géopolitique de Sébastopol, CASSINI, Kevin LIMONIER, le 4 mars 2014.

Russie en Asie. Une Russie insuffisamment asiatique Isabelle FACON, le 8 juin 2012.

Ukraine : géopolitique d’un Etat tampon, Patrice GOURDIN, le 2 mai 2014.

Turquie : repenser l’Empire, Tancrède JOSSERAN, le 16 septembre 2011.

La chute de l’économie russe est-elle durable ? Christophe-Alexandre PAILLARD, le 27 juin 2012.

Bulgarie et Roumanie, un « entre-deux » géopolitique dans l’Union européenneViolette Rey, L'Espace géographique, 2008.

Voir l'excellent site : Ukraine 2014

URSS-Russie, 1991-2011 : quels héritages stratégiques à l’égard de l’Union européenne ? Pierre VERLUISE, le 29 mars 2014.

 

 

Mer Noire : points de tension
Mer Noire : points de tension

Mer Noire : points de tension

Le port de Constanta en Roumanie sur la Mer Noire

Le port de Constanta en Roumanie sur la Mer Noire

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Du « Monde Perdu » à « Là-Haut » : les « tepuys » de la Gran Sabana (Venezuela)

Publié le par Paesaggio

Au fond, tout au fond du Venezuela, au bord de la frontière avec le Brésil et le Guyana se trouve une région peu connue, mais qui a une place particulière dans nos mythologies modernes, un lieu unique au monde : les tepuys (dont le nom signifie « montagne » dans la langue des Indiens Pemon), qui se dressent au-dessus des immensités vides d’hommes de la Gran Sabana. Intégrés depuis 1975 dans l’un des plus grands parcs nationaux du monde, ces hauts reliefs tabulaires aux escarpements très élevés constituent parmi les plus vieilles formations géologiques du monde : les quartzites et le grès rose qui les composent ont vu le jour il y a plus de deux milliards d’années ! Pendant toute cette durée, la dissolution karstique et les cours d’eau ont incisé les vallées, et dégagé ces plateaux, sorte d’îles qui s’élèvent aujourd’hui quelques mille mètres au-dessus de la plaine : du sommet du tepuy Canaima, s’élance la cascade la plus haute du monde, le Salto Angel, qui n’atteint le sol qu’après 879 mètres de chute vertigineuse !

Du « Monde Perdu »  à « Là-Haut » : les « tepuys » de la Gran Sabana (Venezuela)
Du « Monde Perdu »  à « Là-Haut » : les « tepuys » de la Gran Sabana (Venezuela)
Du « Monde Perdu »  à « Là-Haut » : les « tepuys » de la Gran Sabana (Venezuela)

Du fait de leur relief extrêmement escarpé, ces sommets plats ont toujours été largement coupés du monde. Cet isolement a alimenté de nombreux fantasmes : le roman Le Monde Perdu, d’Arthur Conan Doyle, écrit en 1912, imagine ainsi une équipe de scientifiques affronter des dinosaures qui auraient survécu au sommet de ces plateaux, isolés du monde. En 1933, l’aviateur Jimmy Angel fait un atterrissage forcé sur le sommet du tepuy Canaima, et, après un retour homérique à la civilisation, raconte y avoir trouvé des rivières d’or, alimentant l’un des mythes les plus tenaces d’Amérique latine : l’Eldorado. Plus récemment, dans le film d’animation Là-Haut, des studios Pixar, le vieux héros atterrit au sommet d’un de ces plateaux, décrit comme un monde à part, à la géologie délirante et aux animaux inconnus.

Diaporama
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Toutes proportions gardées, ces fables ont cependant une part de vérité : les tepuys restent des lieux uniques au monde, et l’on s’en rend bien compte quand on a la chance de parvenir au sommet de l’un d’eux. Sur les 40 tepuys du parc national de Canaima, seuls 3 ont été gravis par l’Homme, les autres restant totalement vierge de toute empreinte humaine, ce qui n’est pas sans alimenter le mythe du dernier espace blanc sur la carte. Le seul sommet dont l’accès est autorisé aux (rares !) touristes est le tepuy Roraima. Après trois jours d’ascension physique, traversant la savane, puis escaladant la jungle sur les flancs abrupts de ce plateau, on parvient au sommet… c’est-à-dire sur la lune ! A 2200 mètres d’altitude, un paysage unique et désolé s’offre en effet à l’observateur sur plus de 31 km² : une immense dalle de grès rose noircie par les éléments, ponctuée de ruisseaux qui coulent sur du sable rose tendre et d’énormes cristaux de quartz, de vastes dépressions marécageuses et brumeuses où des plantes carnivores prolifèrent, de grottes et de chicots rocheux sculptés par des millions d’années de vent, de pluie et de ruissellement, formant des paysages surréalistes.

Malgré son âge et son aspect minéral, ce lieu est d’une très grande fragilité : le grès est si résistant qu’il ne se décompose presque pas en sable, en terre : la végétation, presque unique au monde du fait de l’isolement biogéographique (77% des 800 espèces végétales recensées sur le tepuy sont endémiques !) pousse donc sur une mince litière, trop acide pour la plupart des autres espèces, et dans des conditions climatiques très rudes. Pendant des années, des compagnies occidentales ont également exploité massivement le quartz trouvé au sommet. Aujourd’hui, les règles sont très strictes, et les randonneurs ont désormais l’interdiction formelle de jeter le moindre détritus, et de ramasser le moindre végétal, le moindre caillou : à la redescente du tepuy, les gardes du parc national procèdent à une fouille très approfondie des bagages… Difficile de ramener un souvenir de la lune !

Martin Michalon

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Catastrophes écologiques à répétition à Goro Nickel (Nouvelle-Calédonie)

Publié le par Jean-Michel Lebigre

Ce n'était malheureusement pas un poisson d'avril. Il ya un peu plus de 5 ans, le 1er avril 2009, l'usine de Goro Nickel appartenant à la multinationale minière brésilienne Vale a déversé des milliers de litres d'acide sulfurique à 98% dans le creek de la baie Nord de Prony. Pourtant pendant les années qui ont précédé la construction de cette usine, les responsables de cette société et la majorité des politiques calédoniens ont répété qu'un tel accident était impossible. Il est important de savoir que le site terrestre où se trouve cette usine et la baie toute proche sont un "spot" mondial de la biodiversité avec un nombre incroyable de plantes et d'animaux endémiques. Sur les photos, on peut voir l'usine expérimentale et quelques aspects du magnifique littoral de la baie Nord non loin du site industriel. C'était avant la catastrophe !

L'image Google Earth montre une partie du site en 2004 avant la construction de l'usine. On peut y opposer des secteurs couverts de maquis minier ou de forêt à des espaces érodés marqués par de profonds ravinements. Maquis minier et forêt se développent sur les cuirasses qui couvrent le massif de péridotites.

On trouvera toutes les informations utiles à propos de cette catastrophe sur le site de la Coordination de Défense du Sud (CoDefSud) : link http://codefsud.blogspot.com/

L'accident qui vient d'arriver ce 7 mai 2014 est sans doute le plus grave depuis avril 2009 : officiellement environ cent mètres cubes de l’effluent de l’usine, stockés dans un bassin de rétention contenant de l'eau de pluie, de l’acide chlorhydrique, des solvants et des métaux, se sont déversés dans ce même creek de la baie Nord Prony. L'usine est de nouveau condamnée à s'arrêter.

Autres accidents importants :

  • avril 2010 – effondrement d’une colonne d’extraction contenant une solution d’acide chlorhydrique et de solvants ;
  • mai 2012 – fuite d’acide sur l’unité de production d’acide sulfurique. Arrêt de l’usine plusieurs semaines ;
  • novembre 2013 – rupture de Grand Tuyau marin qui rejette l’effluent de l’usine au large.

Lire l'article d'Anne Pitoiset dans Les Echos.

 

Sur les paysages du Sud et l'usine, un mémoire a été rédigé en 2007 :

Géraldine Lefranc, 2007, La problématique paysagère autour de Goro Nickel. Université de la Nouvelle-Calédonie, Master « Développement territorial et aménagement du territoire », mémoire M1, 82 p.





Première édition : 8 avril 2009

 

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