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Mine et esclavage : paysages de Potosi en Bolivie

Publié le par Paesaggio

Longtemps exploitation minière et esclavage furent liés... dans notre Antiquité européenne puis lors de la conquête ibérique du Nouveau Monde. Ce fût le cas à Potosi, ville bolivienne située à 4 070 mètres d'altitude, dont la prospérité a été écrite dans le sang et les larmes.

Ce serait en 1545 qu'un Indien nommé Huallpa aurait découvert le minerai d'argent du site du Cerro Potojsi (en quechua potojsi signifierait tonnerre).  Les Espagnols s'y installèrent et fondèrent la ville de Potosi au nom de Charles Quint. Celle-ci devint rapidement une ville très peuplée pour l'époque : près de 200 000 habitants.

Reprenant le système inca de travail obligatoire de la mita, pour extraire l'argent les Conquistadores eurent recours à la population locale à travers des pratiques indignes et irréfléchies. Il y avait bien quelques travailleurs libres et ce n'était pas officiellement de l'esclavage, le pape Jules III ayant fermement condamné en 1530 toute mise en doute de la pleine humanité des Indiens, mais les exploitants tuèrent au travail des dizaines de milliers de personnes, hommes, femmes et enfants, utilisés dans un contexte d'effroyable mépris de la personne humaine :

  • sous-alimentation,
  • intoxications au mercure,
  • maladies introduites par les Espagnols et conditions d'hygiène désastreuses,
  • absence de sécurité,
  • désespérance conduisant au suicide,
  • etc.

Après avoir décimé cette main d'oeuvre locale, les Espagnols durent faire venir à grand prix des esclaves d'Afrique. Mais, sans doute à cause du froid et de l'altitude, ceux-ci ne s'adaptèrent que difficilement  au pays ce qui les relégua à des tâches effectuées en dehors de la mine proprement dite : travaux domestiques, fabrication de la monnaie, artisanat. Certains historiens estiment qu'au total huit millions de personnes travaillèrent et souvent moururent dans les mines de Potosi en trois siècles. Pour d'autres ce chiffre est exagéré. En profitèrent les riches fondations chrétiennes locales et l'Espagne métropolitaine dont Potosi aurait pu faire la fortune si l'argent n'avait pas été dilapidé. Le déclin minier eut lieu au XIXe siècle mais en dépit de l'abolition de l'esclavage en 1826, les conditions de travail des mineurs volontaires demeurèrent catastrophiques. La population afro-bolivienne ne s'est pas maintenue à Potosi. On la trouve en fait  concentrée dans les plantations des Yungas, beaucoup plus à l'est.

 

Références

Absi, Pascale, 2004.- Le diable et les prolétaires. Le travail dans les mines de Potosi, Bolivie. Sociologie du Travail, 46, 3 : 379-395.

Braudel, Fernand. 1948.- Du Potosi à Buenos Aires : une route clandestine de l'argent. Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 3e année, 4 : 546-550.

Tandeter, Enrique, 1997.- L'argent de Potosi. Coercition et marché dans l'Amérique coloniale. Mémoires de l'EHEES, Paris, 284 p.

 

BOL Potosi GE12 140m

Google Earth, 2009 : Potosi, un riche patrimoine de l'humanité fondé sur l'esclavage

BOL Potosi GE11

Google Earth, 2009 : Potosi, on est passé de l'exploitation de l'argent à celle de l'étain

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