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La Brăila de Panaït Istrati, un monde de violence

Publié le par Jean-Michel L.

Le grand aventurier-écrivain décrit sans complaisance un monde qui a en grande partie disparu mais qui a inévitablement laissé des traces dans la société actuelle. Les paysages de la région de Brăila en constituent plus qu’un décor, un élément vivant. On n’est pas dans l’opposition entre bons et méchants d’opérette. Dans les romans de Panaït Istrati, tous les personnages se perdent dans la violence. Reste un distinction essentielle mais fragile entre ceux qui ont du cœur et ceux qui n’en ont pas.

 

Codine, oncle Anghel, oncle Dimi, Cosma, pour ne citer que quelques personnages clés, portent cette violence incontrôlable qui se retourne tôt ou tard contre ses auteurs. L’histoire du cheval de l’oncle Dimi (Codine) est de ce point de vue aussi révélatrice que terrifiante. Chaque « héros » a une face sombre, pour ne pas dire hideuse, que le narrateur ne cherche pas à éluder. Le romancier nous dit que l’origine de cette violence tient d’abord à la nature humaine. Mais, elle relève aussi de la pauvreté et de l’oppression de nantis volontiers esclavagistes  (Turcs, Grecs ou Roumains) et de ceux qu’ils paient, la première découlant de la seconde.

 

Quant aux paysages, ils ne sont doux qu’en apparence. La neige hivernale, les canicules estivales, les marais, la forêt se posent comme des pièges apprivoisés par les plus forts. Ou alors ce ne sont que des esclaves comme ce « petit bois » décrit dans Oncle Anghel.

 

« Ces bosquets de rose et de lilas, ces immenses peupliers – répandus comme des chênes ou droits comme des sapins – n’étaient autre chose que des domestiques crevant de vie facile, comme les chevaux ou les Albanais. En dehors de ce petit bois esclave… »

(Panaït Istrati, Oncle Anghel)

 

Braila JML m2011 052

La "forêt esclave" de peupliers des marais du Danube à  Brăila; derrière les redoutables Monts de Macin.

Commenter cet article

Hécate 15/05/2011 17:44



Je suis heureuse de partager avec vous la fascinante lecture de cet écrivain .Certainement  fort émouvant d'autant que vous êtes en Roumanie .



Douar_Nevez 11/05/2011 21:01



Un bien joli point de vue, en tout cas.


Bonne soirée.



Jean-Michel 14/05/2011 18:17



Merci. Plus j'ai la chance de pouvoir lire Istrati dans son pays de naissance et plus je suis fasciné par cet auteur. Bon week end.



Hécate 11/05/2011 10:09



Peut-être ai-je réduit le propos de D.Fernandez en une trop brève citation ,alors que son éloge tient sur plusieurs pages.


Ce qui m'avait frappée chez Istrati :l'importance profonde qu'il vouait à l'amitié .Sa ferveur ,son humanisme ,sa façon d'écrire si passionnée .Jusqu'au bout il semble bien avoir été ainsi
,ceux qui l'ont connu à Paris en 1924 je crois en ont témoigné .



Jean-Michel 14/05/2011 18:14



Oui, plus je lis Istrati et plus je suis fasciné par cet auteur. Une grande découverte pour moi et par chance dans le cadre de la Roumanie actuelle. Amicalement.



cão 10/05/2011 17:59



Brrrrrr ...



Hécate 10/05/2011 11:08



Emouvant de retrouver Istrati et les paysages de sa vie ...


 


" Il ne raconte pas ,il conte : cas unique en Europe: Panaït Istrati !" ( D.Fernandez .2006 )



Jean-Michel 11/05/2011 07:22



Je ne suis pas d'accord pour réduire Panait Istrati à un simple conteur "oriental". Ce qui m'attire dans ses écrits c'est le "vécu". Mais d'accord pour dire qu'il y a parfois (pas toujours) chez
lui une emphase aujourd'hui un peu démodée.



christian lemenuisiart 10/05/2011 05:53



Une forêt esclave je ne sais pas , mais bien verte oui !!! 


A bientôt



Jean-Michel 17/05/2011 23:36



Pour P. Istrati, c'est la forêt cultivée aux arbres alignés, sans aucune diversité.