Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Le Copperbelt zambien victime de la privatisation

Publié le par Jean-Michel Lebigre

Au sud de la RDC (République Démocratique du Congo ex-Zaïre), en Zambie, le Copperbelt  (c'est aussi le nom de la province) se présente comme un chapelet de villes minières et industrielles dans le Nord du pays : Chingola, Chambishi, Mufulira, Luanshya, Kitwe (et sa Copperbelt University), avec chacune ses immenses townships. Après les nationalisations de 1970 et l'explusion de la sud-africaine Anglo American, la ZCCM (Zambia Consolidated Copper Mines), entreprise nationale, contrôlait 70% du cuivre zambien. Sur les rudes injonctions de la Banque Mondiale et du FMI, de 1990 à 2000, elle a été privatisée et dépecée en plusieurs entités rachetées par des sociétés minières venues du monde entier. Ainsi Konkola Copper Mines (KCM) a comme actionnaire majoritaire, Vedanta une société indienne, Mopani Copper Mines est la copropriété de Glencore (Suisse) et de First Quantum (Canada), etc. L’implantation des Chinois a été, elle, momentanément contestée du fait d’une attitude qui a encouragé un fort sentiment anti-chinois en Zambie, notamment après l’accident de Chambishi en avril 2005 (52 morts).

 

Actuellement la plupart des townships sont dans un état de délabrement et de malaise social préoccupants. Du fait des licenciements de nombreux habitants repartent en brousse dans leurs régions d’origine dans un pays qui a longtemps sacrifié son agriculture. Encore plus préoccupante est la pollution qui touche l’eau, les sols et l’air. Elle s’est installée avant la privatisation mais elle prend actuellement des niveaux jamais atteints dans le passé.

 

Les mines pendant la période de gestion par la ZCCM, entreprise nationale zambienne, ont permis à des milliers de travailleurs de vivre correctement. Ce n’est pas si commun. La ZCCM, médiocre gestionnaire, faisait passer le social avant la recherche de l’équilibre financier ce qui est apparu comme condamnable aux yeux des experts de la Banque Mondiale et du FMI. Au lieu d’aider les Zambiens à mieux gérer leur entreprise, ils ont préféré « avoir sa peau » pour le plus grand profit des sociétés minières étrangères. La privatisation s’est faites aux dépens des habitants du Copperbelt  : des milliers de licenciements, des normes de sécurité et de santé en baisse, des normes de respect de l’environnement également en recul, des services sociaux en déliquescence, un déni généralisé des droits syndicaux, l’emploi généralisé de personnel étranger (notamment Chinois et Indiens).

 

L’essentiel a été assuré. Avec l’obtention de gros profits par les sociétés minières, les choses sont revenues à la normale : en Zambie, on a eu tort d’oublier qu’une mine est faite pour enrichir ses actionnaires dans  un mépris  affiché de la population locale et de l’environnement. Il est édifiant de lire à ce sujet les sites financiers qui traitent du cuivre zambien.

 

Références


  • Jean-Christophe Servant, 2009.- On achève bien les mineurs zambiens. Le Monde Diplomatique, mai 2009 : 22-23.
  • Serge Michel, 2008.- Chinois en Zambie : l'amitié entre les peuples, sauce aigre-douce. Le Monde du 24.10.08
  • www.mine-watchzambia.com
  • http://www.cadtm.org/La-Zambie

 

Mufulira : l'usine de traitement et les logements ouvriers (Google Earth, 2007)

 

Chingola : la mine, l'usine et la ville (Google Earth, 2004)

 

Chingola : habitat minier

 

Mufulira : habitat avec jardins

Commenter cet article