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Thio (Cöö), commune minière de la côte Est de la Nouvelle-Calédonie

Publié le par Jean-Michel Lebigre

C’est sur la côte Est de la Grande Terre de Nouvelle-Calédonie, mais en Province Sud, que se trouve Thio du même nom que le petit fleuve qui aboutit dans le lagon. 13 tribus de langues xârâcuu et xârâgurè correspondent à cette immense commune de 1 000 km2 mais seulement peuplée d’un peu plus de 3 000 habitants. Les populations kanak qui vivaient là au début de la colonisation française ont été cantonnées dans des réserves exiguës au profit d’Européens qui accaparèrent alors les meilleures terres. La répression qui suivit la Guerre d’Atai en 1878, outre de nombreux morts, fût à l’origine de déportations vers l’île des Pins et celle de Belep.

Les activités minières qui débutèrent dès 1875 contribuèrent à l’accaparement des terres par les Européens. De nombreuses concessions minières furent délivrées aux dépens des terres coutumières et des réserves définies par l’administration. Thio s’affirma vite comme le principal centre d’extraction de nickel de la Nouvelle-Calédonie. Grâce aux concessions, les prédécesseurs de la Société Le Nickel (SLN) se constituèrent à partir de 1880 un petit empire dans lequel le régime de l’Indigénat permettait de recruter la population kanak pour des corvées. La SLN fit même un moment de Thio son centre. Elle y engagea de gros investissements. Ainsi de 1920 à 1950, il y eu une voie ferrée de 26 km pour desservir les mines.

L’histoire Thio est liée à une colonisation qui avait décidé que les Kanak (on écrivait Canaques à cette époque) étaient des sauvages qui ne s’en sortiraient qu’en s’intégrant dans notre société européenne représentée parfois comme un idéal, plus souvent comme le seul aboutissement possible. Le contexte minier, très rude pour tout le monde, n’arrangea évidemment pas les choses. Paradoxalement dans la mesure où ils ne reconnaissaient pas leurs croyances comme bonnes, seuls les missionnaires avaient de la lucidité sur la société corruptrice dans laquelle ils vivaient et un peu de considération pour certains aspects de la culture kanak. Pour complexifier les choses, une main d’œuvre étrangère fût importée par le biais de contrats : de nombreux Vietnamiens et Javanais (c’était le nom donné aux Indonésiens) s’établirent définitivement à Thio à la fin de leurs contrats. Bien des métissages en naîtront qui font l’image de la société calédonienne actuelle.

Jusqu’aux années 60, la commune de Thio se construisit en considérant les Kanak comme portion congrue. Une ségrégation de fait se mît en place. Par exemple, si les petits Kanak étaient scolarisés, ils l’étaient à la mission et non à l’école publique, de même que les petits Vietnamiens et Javanais. Les missionnaires considéraient alors que la population kanak n’avait rien à gagner en s’intégrant au monde de la mine, ce qui fait que celle-ci ne l’investira que bien plus tard, à l’exception des fonctions de surveillance et des mobilisations épisodiques liées à un surcroît d’activité.

Depuis les évènements de 80, en dépit d’une production de minerai en augmentation, Thio n’est plus que l’ombre de sa splendeur d’antan. C’est une bourgade broussarde calme où la SLN procure encore plus de 300 emplois directs ou induits. On y trouve un musée de la mine, premier jalon d’une bonne valorisation d’un patrimoine exeptionnel.

La structure de la commune est révélatrice des clivages sociaux : quartier de Thio-Village qui regroupe l’administration et quelques belles maisons, quartier de Thio-Mission, quartiers des Pétroglyphes et de Nakalé formés initialement de logements de la SLN, tribus dispersées dans la Chaîne ou sur le littoral au bord du lagon, sites d’exploitation minière du Plateau et du Camp des Sapins (Ouenghi). Dans le passé d’autres mines fonctionnèrent avant d’être abandonnées : mines de la vallée de Dothio sur le littoral nord, mines des Bornet et de Ningua, mines de Meh, Borindy et Port-Bouquet vers le Sud-Est le long du littoral. En fait certains de ces sites sont complexes. Le Plateau, par exemple, est une mosaïque d’anciennes concessions, de gisements ayant chacun leur histoire. Leurs noms fleurent bon l’aventure : Beaucourt, Belvédère, Bitonio, César-Basses-Alpes, Duc de Wellington, Happy Go Lucky, Joséphine, Louise, Moulinet, Rose, Saint-Paul, Santa-Maria, Plourivo, Saint-Pierre, Saint-Martin, Sans-Culotte, Trois-Tonneaux, Toumourou.

Références

  • Pamela Peyrolle-Drayton, 2006.- Projet d'aménagement paysager d'une zone minière : l'exemple de la commune de Thio. Université de la Nouvelle-Calédonie, Master « Développement territorial et aménagement du territoire », mémoire M2, 69 p. et annexes.
  • Marlène Degremont, 2009.- Opérateur minier et gouvernance locale à Thio. Entre développement, aménagement et environnement. Université de Provence, Département d’Anthropologie, mémoire de master (M2), 93 p.

Thio- JMLebigre-007Vue partielle de Thio depuis le Bota-Méré

Thio- JMLebigre-041L’église à Thio-Mission

Thio- JMLebigre-048Un symbole rassurant : la mairie rénovée prenant en compte l’identité kanak de Thio

Thio- JMLebigre-013Autrefois les minéraliers à voile faisaient la queue pour enlever le mineraide nickel

Thio- JMLebigre-051Une locomotive du petit train aujourd’hui rangé au musée de la mine

Thio- JMLebigre-050Une vieille maisonclassée au patrimoine

Thio 2004 par Google earth

Thio 2004 par Google earth

Commenter cet article

alélouia 17/07/2013 08:11

Avant d'écrire ce genre d'articles, renseignez vous bien.
Tout n'est que mensonge et interprétation.
Une habitante de la Commune connaissant l'histoire

sophie 08/09/2009 01:24

Jean-Mi, Je me suis promenée il y a deux semaines, jusque dans le clocher de l'église de la mission et je peux te dire qu'elle a reçu un beau lifting, photos à l'appui. Cagou.

Jean-Michel 10/09/2009 11:46


Cher Cagou, tu as bien de la chance de faire d'aussi belles sorties.