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Panguna à Bougainville : mine et guerre civile

Publié le par Jean-Michel Lebigre

L'exemple de Bougainville est celui d'une île dans laquelle le développement des activités minières par une grande compagnie, Rio Tinto, a créé un contexte conflictogène et a mené à la guerre civile. Il serait intéressant que cet exemple soit médité par tous les responsables politiques des pays en développement persuadés que la mine, grâce à l'argent qu'elle peut générer, les mène à la prospérité.



L'île de Bougainville (180 000 habitants, 20 groupes linguistiques, 10 000 km2) fait à la fois partie de l'archipel des Salomon et de l'Etat de Papouasie-Nouvelle-Guinée dont elle est l'une des 19 provinces, la seule autonome depuis 2005.  Elle tient son nom  du navigateur français Louis Antoine de Bougainville qui l'aborda  en 1768. Bougainville fût colonisée par l'Allemagne à partir de 1884, occupée par le Japon (mars 1942-novembre 1943) et par l'Australie jusqu'en 1975. A cette date l'île fut  intégrée à la Papouasie-Nouvelle-Guinée au moment de l'indépendance de ce pays et non aux Salomon, une ancienne colonie britannique.


Chronologie


En 1960, des géologues découvrent le gisement de cuivre (et d'or) de Panguna.


En 1963, le gouvernement australien concède l'exploitation de la mine de cuivre de Panguna, au centre de l'île (voir croquis), à la Bougainville Copper Ltd. (BCL), filiale australienne de la multinationale Rio Tinto Zinc Co.


En 1967, signature d'un accord entre les coutumiers et la société australienne qui ne les respectera jamais.


En 1969, les travaux de mise en place de la mine commencent. Cela va aboutir à une cavité de 6 X 4 km et de 500 mètres de profondeur, une des plus grandes du monde (voir image Google Earth ci-dessous). Les stériles et les produits chimiques sont rejetés dans la rivière Jaba. Emergence d'un groupe sécessionniste local, le N.N. (Napidakoe Navistu).



En 1975 : indépendance de la Papouasie Nouvelle-Guinée ; départ théorique des Australiens. Les habitants de Bougainville subissent la mine sans en tirer profit à quelques emplois mal rémunérés près.


De 1980 à 1987 : montée en puissance du mécontentement des propriétaires fonciers qui s'organisent en association après s'être aperçu que Bougainville ne tirait aucun profit de la mine ; bien au contraire, l'environnement est complètement saccagé tandis que les personnels expatriés ont accès à des avantages dont les habitants de Bougainville sont exclus.


1988 : un bureau d'étude de géologues australiens, AGA, remet un rapport qui, contre toute évidence, sous-estime les dégâts environnementaux : c'est le début des coups de main menés par la Bougainville Revolutionary Army (BRA). Début de la répression par la police anti-émeute papoue qui pille, torture et assassine. C'est la guerre civile qui selon certaines estimations a fait entre 8 000  et 10 000 morts, la grande majorité, des civils désarmés. A cela il faut ajouter la mortalité liée aux conditions de vie très dures.


1989 : l'exploitation est suspendue. A ce jour elle n'a toujours pas repris.


1990 : Les troupes de Papouasie Nouvelle-Guinée doivent se retirer de l'île ; la Bougainville Revolutionary Army proclame l'indépendance de la République de Mekamui.


1994 : Sir Julius Chan et sa Private military company, la Sandline engagent des mercenaires contre l'Armée Révolutionnaire de Bougainville. Malgré des moyens effrayants (hélicoptères, bombardements aériens), cela n'aboutit pas.


1999 : Un cessez-le-feu marque la fin de la guerre civile.


2005 : Bougainville possède son propre gouvernement sous un statut d'autonomie.


Bibliographie :

  • Okole, H., 1995.- Coutume et droits miniers en Papouasie Nouvelle-Guinée : le cas de Panguna in : De Deccker (dir.) Coutume autochtone et évolution du droit dans le Pacifique Sud. Actes du colloque universitaire international de juillet 1994, L'Harmattan : 267-288.
  • BRA, Wikipedia.

 


J.-M. Lebigre, juin 2009

 

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