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QMM et l'ilménite de Tôlagnaro (Fort-Dauphin, Madagascar)

Publié le par Jean-Michel Lebigre

La société QMM (QIT Madagascar Minerals : 80 % pour Rio Tinto [http://www.riotintomadagascar.com/]  et 20 % pour l'Etat malgache)  extrait l'ilménite des sables littoraux des environs de Fort-Dauphin (sites de Mandena, de Petriky et de Sainte-Luce) depuis 2009.  L'ilménite est un dioxyde de titane très demandé actuellement.  Ce sera semble-t-il la plus grande mine du monde de ce type. Tôlagnaro, plus souvent référencée sous son nom colonial de Fort-Dauphin, est une ville de l'Extrême-Sud malgache, surtout connue pour ses langoustes et ses plantations de sisal toutes proches. QMM s'est mise en place à partir de 2005  et peut réaliser ce gigantesque projet grâce à  un investissement de plus de 500 millions d'euros. Un port a été créé de toutes pièces sur la toute proche péninsule d'Eoala et une centrale électrique  de 23,8 mégawatts a été construite.

Les impacts de la mine apparaissent nombreux. D'un point de vue urbain, Fort-Dauphin a déjà doublé sa population, passant à au moins 70 000 habitants. Il s'en est suivi une flambée des prix à tous niveaux, mais surtout très spectaculaire dans  les domaines du foncier et de l'immobilier.  Des milliers de personnes à la recherche de travail se sont en effet établies à Tôlagnaro de même que plus de 200 expatriés. Des conflits ont par ailleurs surgi avec les vieilles communautés rurales tanosy (Peyrot, 1980) qui vivent autour de la ville (notamment celle d'Amparihy)  et qui s'estiment lésées.  Il s'agit d'une des régions les plus pauvres de Madagascar, peu préparée à un tel afflux d'argent et à de tels bouleversements.  Comme le signalent Randrianasolo et  Ravoavy (2007), Rio Tinto « utilise le service d'une équipe de collaborateurs malgaches pour faire du « marketing social » de façade avec des projets communautaires conditionnés pour cacher le non-paiement de fiscalité foncière et minière ». D'un point de vue environnemental, le paysage de cette région de très belles lagunes et de plages (Battistini, 1964), caractérisée par une forte biodiversité,  va être complètement transformé.  Les champs d'extraction doivent en effet couvrir environ 6 000 ha à eux seuls.

La très mauvaise réputation de Rio Tinto, société minière anglo-saxonne connue par sa rapacité et responsable d'une multitude de désastres environnementaux et sociaux dans le monde, ne laisse présager rien de bon. Mais comme le faisait remarquer la revue « Le Polen » en 2002 « QMM dispose d'un argument simple, mais étayé par des faits vérifiables : la région et sa population sont de toute façon dans une voie presque sans issue. Si rien ne se passe, les paysans qui survivent en détruisant la forêt vont la faire disparaître en 20 ans. QMM propose son alternative : reboisement systématique, collecte et restauration des sols, et non-exploitation et protection définitive de certaines zones. » Sarrasin (2002) rétorque que « ...cette lecture a abondamment été utilisée par le promoteur pour minimiser les impacts environnementaux du projet... ».

En octobre 2009, la phase d'aménagement a laissé définitivement la place à la phase d'exploitation. Les hôtels sont désormais disponibles pour les touristes. Les taxis vides errent sans trop d'espoir de trouver un client. Le prix des locations s'est effondré. Partout on se plaint du faible nombre d'emplois induits par la mine. Ceci était malheureusement prévu dès l'amorce du projet comme l'était aussi la dégradation de ce magnifique site littoral.  Aujourd'hui les regards se portent sur Ifaty, station balnéaire proche de Tuléar, dont la destruction liée à l'ilménite est également prévue.

A voir aussi :

Ambatovy ou Madagascar producteur de nickel et de cobalt

Le reportage du 27/07/2012 de Thalassa (France 3) sur le sujet en streaming sur TV Replay.

A lire :

  • Témoignages du peuple villageois Antanosy,  Londres,  Andrew Lees Trust, 2009
  • Battistini, R., 1964.- L'Extrême-Sud de Madagascar, étude géomorphologique. Paris, Cujas, 636  p. 
  • Peyrot, B., 1980.-  La vie rurale en pays Antanosy. Madagascar Revue de Géographie, 37, 111-138.
  • Randrianasolo, J. et Ravoavy, T., 2007.- Absence de dialogue sur le projet minier de Rio Tinto à Fort-Dauphin, Libération-Afrique, 30 juin 2007, 2 p.
  • Sarrasin, B., 2006.- Économie politique du développement minier à Madagascar : l'analyse du projet QMM à Tolagnaro (Fort-Dauphin) », VertigO - la revue électronique en sciences de l'environnement, Vol. 7, n° 2 , septembre 2006, [En ligne], mis en ligne le 28 avril 2006. URL : http://vertigo.revues.org/index2401.html
  • Sarrasin, B., 2006.- The Mining Industry and the Regulatory Framework in Madagascar: Some Developmental and Environmental Issues, Journal of Cleaner production, vol. 14, no 3-4, p. 388-396.
  • Sarrasin, B., 2007.- Le projet minier de QIT Madagascar Mineral à Tolagnaro (Fort-Dauphin, Madagascar) : quels enjeux de développement? », Afrique Contemporaine, 221, p. 207-223.
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1. Le nouveau port d'Eoala (photo oblique prise du hublot d'un avion d'Air Madagascar le 5 novembre 2009)

2.  Tolagnaro, ses plages, ses lagunes  et ses environs (Image Google Earth)

3.  La lagune de Lanirano à l'est du Pic Saint-Louis (529 m) où a lieu actuellement l'extraction  (Image Google Earth)

MAD QMM 20072009 125m GE154.  Extraction de l'ilménite. On notera la qualité  de cette image Google Earth du 15 juillet 2009, L = 500 m

MAD QMM 20072009 GE115.  Usine QMM  (Image Google Earth du 15 juillet 2009, L = 1 km)

MAD QMM 20072009 125m GE166.  Lotissement  tout neuf de travailleurs (Image Google Earth du 15 juillet 2009, L = 500 m)

Jean-Michel Lebigre (EA4242 CNEP),

29 mai 2009 - réactualisé  le 6 novembre 2009 puis le 23 juillet 2010.

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