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Paysages de forêts japonaises

Publié le par Jean-Michel Lebigre

Paysages intérieurs
PAYSAGES DE FORÊTS JAPONAISES

par Pierre Gillardot

Haruki, Murakami, 2006.- Kafka sur le rivage. Paris, Belfond Etranger, Littérature étrangère, 624 p. Traduit du japonais par Corinne Atlan.
http://www.belfond.fr/site/kafka_sur_le_rivage_&100&9782714440419.html 

Naomi, Kawase, 2007.- La Forêt de Mogari (Mogari no mori), long métrage (Japon/France), avec Machiko Ono, Shigeki Uda, Makiko Watanabe, Kanako Masuda, Yoichiro Saito
http://www.paperblog.fr/404336/la-foret-de-mogari-comment-se-perdre-pour-mieux-se-retrouver/

La vénération que les Japonais ont de la nature est bien connue. Un roman et un film en font la démonstration, en privilégiant le thème de la forêt. Il s'agit de Kafka sur le rivage, de l'écrivain Haruki Murakami et de La Forêt de Mogari, de la cinéaste Noami Kawaze. Dans les deux œuvres, la forêt est le territoire par lequel il faut passer, quelles qu'en soient les embûches, pour se découvrir et se ressourcer.

Le jeune héros du roman, Kafka Tamura, s'enfuit du domicile paternel, poursuivi par la malédiction lancée contre lui par son père : "tu sera parricide et tu coucheras avec ta mère et ta sœur". Après maintes péripéties, la prédiction est réalisée : le meurtre du père est perpétré par un simple d'esprit, Nakata, sorte de double du héros ; quant aux deux incestes, ils sont commis avec des femmes dont Kafka a fait la connaissance par hasard et dont Murakami laisse le lecteur décider si elles sont ou non la sœur et la mère du héros. Le roman se déroule entièrement dans une atmosphère onirique ; dans la dernière partie, Kafka traverse à grand-peine une forêt et aboutit dans une ville étrange où le temps est aboli. Puis il s'arrache à ce lieu, traverse à nouveau la forêt, sans difficulté cette fois, et en ressort renouvelé.

Le film de Noami Kawaze traite, lui aussi, du rôle symbolique de la forêt, dont on sort différent de ce qu'on était en y entrant. Un pensionnaire d'une maison de retraite, Shigeki, désespéré depuis des années par la disparition de sa femme, et une aide soignante, Machiko, endeuillée par la mort d'un enfant, s'égarent dans une forêt au cours d'une promenade. Comme celle que traverse Kafka, la forêt de Mogari est magique, pleine de symboles. Les deux protagonistes du film errent dans les taillis, Shigeki tombe dans un torrent ; il rencontre le fantôme de sa femme, près de l'endroit où elle est enterrée. Après un orage et une nuit passée auprès d'un feu qu'ils ont pu allumer, Shigeki et Machiko retrouvent leur chemin et sortent, eux aussi, renouvelés de la forêt et par la forêt.

Dans le roman comme dans le film, les personnages ont dû s'abandonner à la nature, dont le rôle purificateur est, une fois de plus, illustré.

Pierre Gillardot

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