Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Chercheurs d’eau et attrapeurs de vent dans le désert : la ville-oasis de Yazd (Iran)

Publié le par Paesaggio

Localisée au pied des dernières retombées des monts Zagros, la ville de Yazd apparaît comme la porte d’entrée des deux grands déserts d’Iran oriental, le Dasht-e-Kavir (Grand désert salé) et le Dasht-e-Lut (Grand désert du vide), qui comptent parmi les zones les plus inhospitalières du Moyen-Orient, et qui ont toujours été des obstacles importants à la circulation Est-Ouest et Nord-Sud dans le pays.

Chercheurs d’eau et attrapeurs de vent dans le désert : la ville-oasis de Yazd (Iran)
Chercheurs d’eau et attrapeurs de vent dans le désert : la ville-oasis de Yazd (Iran)

Yazd peut être considéré la dernière oasis d’importance avant la longue traversée de ces étendues arides où les précipitations sont presque nulles. La ville elle-même est soumise à un climat aride, avec des précipitations annuelles de l’ordre de 60 millimètres. La survie de ce nœud commercial et stratégique a donc longtemps dépendu de l’adaptation des sociétés humaines à cet environnement extrême.

Dans ce contexte, le premier élément de tous est l’eau. Depuis des siècles, Yazd est alimenté non pas par des puits, mais par des centaines de kilomètres de canaux souterrains, les qanats, qui parcourent le piémont des monts Zagros. Ces derniers présentent en effet des altitudes souvent supérieures à 2000 mètres (la chaîne culmine même au Zard Khu, à 4548 mètres). Les chutes de neige hivernales viennent donc alimenter les nappes souterraines au printemps. Les qanats permettent d’accéder à ces réserves, et à en drainer une partie vers la ville, à des fins agricoles ou pour servir d’eau de boisson. Dans ce dernier cas, elle est stockée dans de colossales citernes souterraines, dont les coupoles sommitales ponctuent le tissu urbain.

Bien que souterrains, les qanats marquent l’espace et les paysages. En effet, leur percement génère des volumes importants de déblais, qui sont évacués par des puits successifs. En surface, ces cônes de terre, espacés d’une cinquantaine de mètres, permettent donc de retracer aisément le parcours des qanats. La technique des canaux souterrains est d’une grande simplicité est d’une grande longévité : aujourd’hui encore, Yazd est largement alimentée par des galeries creusées il y a des siècles. Cette méthode semblerait avoir été inventée en Iran, mais elle s’est depuis diffusée au Maghreb (ou les canaux sont appelés foggara), et des cas similaires ont été observés en Chine.

L’autre question centrale est celle de la température de l’air. En effet, dans ce climat aride, le thermomètre dépasse régulièrement les 45°C. Les habitants de Yazd se sont donc adaptés par la construction de maisons de terre aux murs épais, reliées par un lacis de passages couverts et de ruelles étroites ombragées par de hauts murs. Cependant, ils ont aussi élaboré un système tout à fait spécifique, que l’on ne trouve que de façon très localisée au Moyen-Orient : les badgirs (attrapeurs de vent). Toutes les grandes maisons de familles aisées sont surmontées de ces hautes cheminées massives, percées d’ouïes verticales dans lesquelles le vent s’engouffre. Passant par de larges conduits intégrés dans les murs, le courant d’air aboutit dans les pièces par de larges grilles, et les rafraîchit très efficacement. Les citernes souterraines sont elles aussi ventilées par quatre grands badgirs, qui refroidissent l’eau, et en préservent la salubrité.

Le cas de la ville de Yazd apparaît donc comme un exemple remarquable d’adaptation des sociétés aux contraintes du milieu. Toutefois, les techniques traditionnelles sont aujourd’hui remises en cause par des méthodes modernes, plus efficaces et plus économiques… mais quid de leur fiabilité et de leur durabilité ?

Martin Michalon

Chercheurs d’eau et attrapeurs de vent dans le désert : la ville-oasis de Yazd (Iran)
Chercheurs d’eau et attrapeurs de vent dans le désert : la ville-oasis de Yazd (Iran)
Chercheurs d’eau et attrapeurs de vent dans le désert : la ville-oasis de Yazd (Iran)
Chercheurs d’eau et attrapeurs de vent dans le désert : la ville-oasis de Yazd (Iran)
Chercheurs d’eau et attrapeurs de vent dans le désert : la ville-oasis de Yazd (Iran)
Chercheurs d’eau et attrapeurs de vent dans le désert : la ville-oasis de Yazd (Iran)
Chercheurs d’eau et attrapeurs de vent dans le désert : la ville-oasis de Yazd (Iran)

Commenter cet article

Hécate 27/08/2014 19:10

C'est très réussi. Vraiment !

Martin 31/08/2014 23:25

Bonsoir,
Je suis l'auteur de cette modeste contribution... Merci infiniment de vos commentaires positifs! C'est effectivement un système très simple, mais perfectionné avec une grande ingéniosité, et d'une efficacité diabolique! On peut vraiment frissonner dans certains celliers enterrés et rafraîchis par ces badgirs!
Il est assez étonnant de voir que ce système n'a essaimé que de manière assez marginale dans les milieux semi-désertiques (du moins, en l'état actuel de mes connaissances!).
Yazd est une ville superbe et un régal pour les photographes, je n'ai pas grand mérite!
Merci encore, et à bientôt!
Martin

Hécate 27/08/2014 11:08

En quelque sorte ,la climatisation naturelle...Explications très instructives et photos très belles.
Bien à vous.

Paesaggio 27/08/2014 17:04

Martin Michalon est étudiant en géographie, doctorant. C'est lui qui m'a demandé de rédiger des pages de Paesagggio. En effet, il s'agit d'une réussite.