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Théâtre et nationalisme : la mise en scène des tensions indo-pakistanaises au poste-frontière d’Attari-Waga

Publié le par Paesaggio

Nous sommes à une trentaine de kilomètres à l’Ouest de la grande ville d’Amritsar, capitale du Pendjab, le grenier à céréale de l’Inde du Nord. Sur des kilomètres, notre pick-up remonte des files de camions de marchandises, garés le long de la route poussiéreuse. Leurs chauffeurs, accroupis sur les talons, attendent depuis des jours de passer au Pakistan. Il faut dire que la frontière entre l’Inde et le Pakistan, disputée depuis les indépendances, est à peine poreuse, et que chaque pays ne laisse passer qu’à regret les flux vers le voisin…

Une foule dense se presse vers d’immenses tribunes au cœur du no man’s land entre les deux frères ennemis. Des dizaines de vendeurs à la sauvette proposent pop-corn et bouteilles d’eau pour ce qui est un spectacle assez unique : la cérémonie de fermeture de la frontière.

La frontière est matérialisée par deux grilles peintes aux couleurs nationales. Les drapeaux flottent haut dans le ciel. De part et d’autre de la ligne de partage, sur deux arches bétonnées, Gandhi et Jinna se font face. Au sommet de ces structures, des snipers en treillis, arme de précision à la main, lunettes de soleil sur le nez, chewing-gum entre les dents posent ostensiblement selon tous les canons du Western américain. A destination des voyageurs pénétrant dans le pays de Gandhi, un panneau indique qu’ils pénètrent dans « la plus grande démocratie au monde » : un moyen d’égratigner le voisin pakistanais.

Sur la chaussée, une équipe de garde-frontières indiens se livre à une spectaculaire parade. Portant de larges ceintures colorées, des guêtres désuètes, et coiffés d’un étonnant couvre-chef à crête rouge qui leur donne des airs de coqs indignés, les soldats se dirigent un par un vers la grille au pas de l’oie, à grandes enjambées furieuses, avant de s’immobiliser sous le nez de leurs homologues pakistanais. Pendant ce temps, les autres gardes trépignent sur place, claquent des talons, bombent le torse, et lancent des regards noirs vers la grille, comme brûlant d’impatience d’en découdre.

Ces manifestations viriles se font sous les vivats de la foule, généreusement haranguée par un « speaker », et qui brandit des drapeaux en criant « Hindustan Zindabad », « longue vie à l’Inde ». Dans la masse, un groupe de jeunes filles, transportées par l’ambiance, fait un salut militaire.

A la grille, les garde-frontières à crête rouge font désormais face aux soldats à crête noire qui, dans le camp d’en face, se sont livrés au même exercice sous les encouragements de leur public. La confrontation immobile dure une minute, une minute de tension et de défi. Soudain, les deux chefs de section se serrent virilement la main, les deux grilles se claquent, et chaque groupe regagne à toute vitesse ses baraquements. La frontière est fermée pour la nuit. La foule est aux anges. Les tribunes se vident, le spectacle est fini.  

Martin Michalon

 

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jean-luc saint-marc 10/08/2014 06:10

les démonstrations patriotiques prêtes à justifier la prochaine canonnade, la prochaine rafale d'arme automatique. La violence à marche forcée

dominique 01/08/2014 19:54

Magnifique article et très belles photos. Je regarde a moins une fois par an le DVD "Gandhi" où Ben Kingsley est impressionnant. Dommage que les indiens n'aient pas écouté Gandhi sur les dangers de la partition de l'Inde (ou des Indes... ! ... ? ... ) alors que sa photo trône sur la porte de la frontière.